Quand les affiches de santé publique façonnent nos comportements

Des messages omniprésents, mais pas neutres

Dans les couloirs d’hôpitaux, les stations de métro ou les établissements scolaires, les affiches de santé publique font partie de notre quotidien. À première vue, elles semblent avoir un objectif simple : informer et prévenir. Pourtant, derrière leurs slogans bienveillants et leurs visuels rassurants, ces campagnes véhiculent une vision très précise de ce que doit être un « bon comportement » en matière de santé.

Ces affiches ne se contentent pas de transmettre une information. Elles orientent les attitudes, prescrivent des conduites et participent à la normalisation des comportements des citoyens.

Informer ou inciter : une frontière floue

L’article à l’origine de cette réflexion montre que les campagnes de santé publique oscillent constamment entre information et incitation. Informer consiste à expliquer une situation pour permettre à chacun de comprendre. Inciter, en revanche, revient à orienter les actions individuelles en indiquant clairement ce qu’il faut faire – et ce qu’il ne faut pas faire.

Or, de nombreuses affiches de prévention adoptent un ton prescriptif : « adoptez les bons réflexes », « ne faites pas ceci », « pensez à cela ». Le citoyen est ainsi placé dans une position d’exécutant, responsable de la bonne marche du système de santé.

La responsabilisation individuelle au détriment du collectif

Un des points centraux soulevés concerne le déplacement de la responsabilité. Des problèmes structurels  comme le manque de personnel soignant, la saturation des services hospitaliers ou la complexité administrative  sont rarement évoqués. À la place, les affiches mettent en cause les comportements individuels.

L’exemple de la campagne contre les rendez-vous médicaux non honorés (« Ne posez pas de lapin à un médecin ») illustre parfaitement ce phénomène. À travers l’humour et une formulation légère, le message culpabilise le patient sans interroger les causes profondes du problème : délais trop longs, difficultés d’annulation, barrières numériques ou linguistiques.

Le dysfonctionnement du système est ainsi présenté comme la conséquence directe d’attitudes individuelles jugées déviantes.

Prévention ou promotion de la santé ?

L’article met également en lumière une confusion fréquente entre prévention et promotion de la santé. La prévention repose sur la discipline individuelle : il s’agit d’éviter un risque en adoptant un comportement conforme aux attentes institutionnelles.

La promotion de la santé, en revanche, vise à transformer l’environnement social afin de rendre ces comportements possibles : amélioration de l’accueil, accessibilité des services, accompagnement des publics fragiles. Or, les affiches privilégient largement la prévention, laissant de côté les inégalités sociales et les déterminants de la santé.

Une communication qui fabrique le « bon patient »

En s’appuyant sur les travaux de Michel Foucault et de Nikolas Rose, l’article montre que ces campagnes relèvent d’une logique de biopolitique. Le pouvoir ne s’exerce plus par la contrainte directe, mais par l’incitation à l’autodiscipline.

Le citoyen est encouragé à devenir l’« entrepreneur de sa propre santé » : prévoyant, responsable, autonome. À l’inverse, celui qui ne respecte pas les normes implicites est perçu comme fautif, voire irresponsable. Les affiches participent ainsi à la construction de figures opposées : le « bon usager » et l’« usager déviant ».

Enjeux pour la communication publique

Cette analyse rappelle que la communication institutionnelle n’est jamais neutre. En masquant les dimensions politiques, sociales et économiques des questions de santé, ces campagnes réduisent des problématiques collectives à des choix individuels.

Pour une communication plus juste et plus efficace, la santé publique gagnerait à dépasser la simple injonction comportementale et à intégrer davantage les réalités sociales des publics visés. Informer, ce n’est pas seulement dire quoi faire, c’est aussi expliquer, contextualiser et accompagner.

J’ai choisi cet article car il aborde un sujet d’actualité sur la santé publique et les campagnes de prévention. Il offre un regard critique sur les messages diffusés, au-delà de leur simple rôle informatif. Cet article m’aide à mieux comprendre les enjeux de l’information institutionnelle et enrichit ma veille.

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